Publicité
Imprimer PDF Envoyer à un confrère

Portrait

Tony BENNETT « Je ne me suis jamais compromis »

Publié le 14 Fév 2012

Yves KAGAN

Quand les musiciens de jazz américains n’étaient pas noirs, ils étaient d’origine indienne, juive, irlandaise ou italienne… Tony Bennett a partagé avec son aîné de quelques années, Frank Sinatra, à la fois la qualité de crooner et d’authentique chanteur de jazz, ainsi que les origines, puisque son vrai nom est… Anthony Dominick Benedetto.

Né en août 1926 dans la banlieue de New York, Tony Bennett est aujourd’hui toujours en activité. « Vous devriez toujours aller de l’avant, disait-il récemment, les personnes que j’ai rencontrées et qui se sont retirées, l’ont regretté. Ils regardent un mur sans savoir que faire d’eux-mêmes ».
 
Il est même dans l’actualité… Avec l’enregistrement, l’été dernier, d’une série de duos vocaux avec de nombreuses artistes féminines, aussi bien des « anciennes » comme Aretha Franklin que des plus jeunes à commencer par la regrettée Amy Winehouse, subitement décédée environ un mois après leur duo sur l’inoxydable standard Body and Soul, dont on peut apprécier la vidéo sur Internet. Mort qui a posteriori donne une coloration tragique à cette interprétation si sensible. Et qui fera culpabiliser Tony de ne pas avoir davantage exhorté Amy à dépasser son addiction, lui qui naguère avait pu le faire : « Comment n’ai-je pas pu lui faire passer ce message ? » Il racontait aussi, après lui avoir dit que sa voix lui évoquait celle de Dinah Washington, comment elle avait été émue qu’il l’ait connue…
 

 Élevé par sa mère, avec ses quatre frères et soeurs, après le décès prématuré de son père, Tony va chanter très tôt dès l’âge de 10 ans. Il commence sa carrière dans le monde du spectacle grâce à un oncle danseur de claquettes qui lui trouve une tranche horaire à animer dans un petit club de jazz. Ainsi, va-t-il pouvoir aider sa famille.
 
De retour à New York en 1946 après son incorporation pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe, il parcourt les théâtres à la recherche de concerts. Devenu Tony Bennett, son style et son charme font vite parler de lui. Il connaît son premier succès en 1951 avec Because of You. Les années 50 et plus encore les années 60 vont s’avérer pour lui très prolifiques. À la clé, une reconnaissance mondiale et de nombreux albums et tournées, avec notamment l’orchestre Count Basie. Une ballade I Left My Heart in San Francisco contribuera à asseoir sa notoriété.
 
Le chanteur connaît alors une période en demi-teinte avec la montée du rock. Mais il continuera à faire des enregistrements, fussent-ils confidentiels comme un album avec le pianiste Bill Evans. Ce n'est que durant les années 90 que Tony Bennett va réussir à retrouver sa notoriété, ce dont il profitera pour enregistrer des albums en hommage à Frank Sinatra ou encore des disques dédiés à Billie Holiday ou Duke Ellington.
 
Et depuis – la consécration aidant –, il peut à peu près enregistrer tout ce qu’il souhaite. « Je ne me suis jamais compromis, disait-il récemment. Les producteurs essaient souvent de changer les instincts créatifs des musiciens plutôt que de s’y fier. Ils veulent vous faire réaliser une nouvelle chanson rapidement ou quelque autre stupidité afin de vendre des disques immédiatement. Un bon artiste évite cela ». Et il conclut qu’à son âge, cela commence à porter ses fruits ! Il rend aussi justice à tous les grands accompagnateurs qui, bien que négligés, partagent tout autant que le chanteur la raison d’un succès.
 
Pourtant à 85 ans, notre homme ne fait pas que chanter. Il s’adonne aussi à la peinture qui fut avec la musique l’autre passion de son enfance, et expose même.
Et il n’a pas sa langue dans sa poche ! Lors d’une récente interview télévisée, il afficha clairement, avec la force du statut d’ancien combattant qui est le sien, son antimilitarisme pour vivement dénoncer l’engagement des États-Unis dans le conflit contre l’Irak. Et alla même plus loin dans son propos quand, interrogé au sujet des terroristes de l’attaque du World Trade Center du 11 septembre 2001, il répondit : « Mais qui sont les terroristes ? Sommes-nous les terroristes ou sont-ils les terroristes ? ». Et ajouta : « On ne répare pas une faute par une autre (Two wrongs don’t make a right) », en rappelant que c’était les États-Unis qui avaient les premiers bombardé le Moyen-Orient…
 

PLUS D'ARTICLES SUR LE MÊME THÈME

Publicité