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Portrait

Stéphane HESSEL - « Indignez-vous ! »

Publié le 15 Déc 2010

B. Kagan

L’âge ne nuit ni aux opinions, ni même à l’action qui les met en mouvement, c’est ce que prouve Stéphane Hessel. Du haut de ses 93 ans, l’homme persiste dans le militantisme avec la publication de son texte, « Indignez-vous ! » qui caracole en tête des ventes des librairies.
Stéphane Hessel s’étonne pourtant d’être encore en vie. « Arrêté le 10 juillet 1944 par la Gestapo, j’étais à peu près certain que je ne m’en sortirais pas. » Il avait alors 23 ans et avait été trahi par un camarade, alors qu’il militait aux côtés du Général de Gaulle. Il échappe à l’exécution grâce à sa connaissance de la langue allemande, ce qu’il appelle non sans fierté sa « première œuvre de diplomate » et, digne d’un héros de film d’action, réussit à s’échapper, en sautant du train qui le transférait dans un autre camp pour rejoindre les lignes américaines à Hanovre.

À la libération, l’ancien normalien est reçu au concours du ministère des Affaires Étrangères, et démarre dès lors une carrière de diplomate. Présent lors de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, en tant que secrétaire, il en parle toujours avec une vive émotion, même après soixante ans... Il multiplie les voyages, devient ambassadeur de France à l’ONU et se distingue pour sa défense vibrante des droits de l’homme. Il crée en 1962 l’Association de formation des travailleurs africains et malgaches, dont il devient président, et explique cet investissement par ses origines : « immigré moi-même, le sort des travailleurs immigrés ne pouvait que m’intéresser ». En effet, s’il est naturalisé français, Stéphane Hessel est né à Berlin en 1917 de parents polonais, juif pour son père, protestant pour sa mère.



Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, le diplomate multiplie les hautes fonctions : tour à tour, il est ambassadeur de France, conseiller à l’Education Nationale, membre de la Haute autorité de la communication audiovisuelle et du Haut Conseil pour l’intégration. Partisan de l’action militante, on ne compte plus les organisations, commissions ou conseils dont il fait partie, ni les traités ou pétitions qui portent sa signature. Car, comme il le dit en 2008, alors qu’il recevait le prix Unesco pour la promotion d’une culture des droits de l’homme : « tout reste encore à faire si nous voulons passer le cap des discours, il faut passer à l’action ». Profondément engagé, le militant s’implique toujours dans les causes qui lui tiennent à cœur : les sans-papiers, les droits de l’homme et le sort des Palestiniens face à Israël. Il condamne les crimes contre l’humanité et les violations des droits élémentaires.
« Résister, c’est continuer à refuser le déshonneur, c’est continuer à s’indigner », telle pourrait être la devise de l’éternel résistant. Ainsi, Stéphane Hessel collectionne les distinctions : grand-croix de l’Ordre national du Mérite en 1999, prix Nord-Sud du Conseil de l’Europe en 2004, Grand officier de la Légion d’Honneur en 2006, citoyen d’honneur de la ville d’Aubervilliers en 2009. Il donne, par ailleurs, son nom à la promotion du 21e Concours de plaidoirie du Mémorial de Caen, le 31 janvier 2010.

S’il est compliqué de concilier le grand âge avec le militantisme, Stéphane Hessel pourrait répondre qu’il reste l’écriture comme moyen d’action. Il est, en effet, l’auteur de plusieurs publications : Danse avec le siècle, son autobiographie en 1997, Dix pas dans le nouveau siècle en 2002, Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité en 2006, Citoyen sans frontières en 2008, qui reçoit le prix Jean Zay et Indignez-vous ! (pour une insurrection pacifique) en 2010.
Stéphane Hessel peut bien être tranquille et penser à la mort avec sérénité… avec une petite touche de mysticisme : « Aujourd’hui, que j’atteins l’âge où la mort est là, toute proche, je la considère avec beaucoup de respect. La mort est pour moi une amie. Je suis convaincu qu’elle ne mettra pas seulement fin à ma vie, à la vie de mon corps, mais qu’elle ouvrira peut-être la porte à autre chose dont je ne sais absolument pas ce que c’est. La mort n’est pas seulement la fin de la vie du corps, elle est aussi sans doute le commencement d’un rapport de cet être que nous sommes avec une autre dimension de l’être. »

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