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Portrait

SINÉ « Mourir ? Plutôt crever ! »

Publié le 7 Mar 2012

Bérénice KAGAN

"Mieux vaut en rire qu’en pleurer", tel est le proverbe qui pourrait bien coller encore longtemps à la peau de l’irréductible humoriste Siné. Plume aiguisée en main et dérision chapardeuse sur le papier, le recordman du jeu de mots tient sûrement le secret de la longévité.
 

D’un père condamné aux travaux forcés, le Parisien n’a jamais porté en son coeur ni l’État, ni la justice. Son antimilitarisme notoire ne naît que plus tard, après des études de dessin à l’école Estienne, et prend racine lors d’un service militaire majoritairement passé en prison. Parallèlement, Maurice Sinet partage son temps entre son groupe de cabaret dans lequel il chante, et une revue pornographique pour laquelle il effectue quelques retouches. Mais c’est déjà vers l’illustration que sa préférence se porte. L’homme aux chats illustre aussi bien recueils, ouvrages que disques, le jazz étant sa seconde passion, le conduisant aussi bien à réaliser des encyclopédies qu’à commenter l’actualité des concerts et des musiciens sur son blog. C’est, après un court passage à France Dimanche, à l’Express que sa carrière débute en 1958. Il y restera jusqu’en 1962, départ volontaire toutefois motivé par l’indignation des lecteurs face aux opinions anticoloniales exprimées dans son « Débloque-notes » lors des événements d’Algérie.
 
Les procès ont en partie offert à Siné sa notoriété. Accumulant les controverses au fur et à mesure de sa carrière, il dérange autant qu’il fait parler de lui. Sa maison corse a d’ailleurs été détruite par un attentat en 2004. Anarchiste, anticolonialiste, antisioniste…, la liste est longue. Incitation à la haine raciale selon la Licra : après des propos tenus en août 1982 sur les ondes de la Radio Carbone 14 et faisant suite à une intervention armée d’Israël au Liban. Incitation au meurtre : le Front National ayant réagi, dans les années 1990, à un article de La Grosse Bertha dans lequel Siné réclamait les fonds nécessaires à l’engagement d’un tueur à gages pour Le Pen. Homophobie suite à des propos tenus à l’occasion de la Gay Pride en 1997. Antisémitisme, avec des propos critiques sur Jean Sarkozy qui lui valent au terme d’un emballement tant judiciaire que médiatique son éviction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo en 2008, qu’il avait rejoint en 1981 avec sa rubrique « Siné sème sa zone ».
 
 
Peu chanceux avec les titres de presse nationaux, Siné consacre une grande partie de sa carrière à ses propres publications, officiant avec une vigueur inégalée dans la satire politique, loin d’être une sinécure. C’est après sa démission de l’Express qu’il crée, avec Jean-Jacques Pauvert et le soutien de son avocat Jacques Vergès, son hebdomadaire Siné Massacre. La publication, qui devient mensuelle faute de moyens, n’a pas moins de neuf procès en neuf numéros, dont l’un critique le colonialisme et un autre propose des illustrations du code Pénal pour la défense de la liberté de la presse. En mai 1968, Siné lance l’Enragé où dessins et paroles de l’Internationale se côtoient, près de slogans d’extrême gauche. Suit Siné Hebdo, de 2008 à 2010, dont la création, soutenue par quelques proches, se voit annoncée sur son blog. C’est, enfin, à 82 ans que l’humoriste retrousse à nouveau ses manches, puisque Siné Mensuel paraît depuis septembre 2011.
 
« On a intérêt à courir vite si on veut échapper aux coups de feu de cette salope de canarde qui ne prend son pied qu’à détruire, à semer le malheur et à faire du mal partout où elle passe, cette peau de vache ! », écrit Siné en ce début d’année 2012 à propos de la faucheuse. C’est dire qu’il tient à rester en vie. D’ailleurs, le
film documentaire sorti en septembre 2010 et plongeant dans son intimité a été intitulé avec humour « Mourir ? Plutôt crever ! ». « Ce qui m’amuse dans la vie, explique-t-il, c’est de picoler, de déconner, de b…. Bon, j’ai 80 piges, mais j’ai pas besoin de viagra ».

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