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Portrait

Michel PICCOLI « Je viens d'entrer sur le marché du travail dans les rôles de grands-pères »

Publié le 30 Nov 2011

B. KAGAN

Cet automne, Michel Piccoli est à l’affiche dans Habemus Papam de Nanni Moretti. À 85 ans, il campe le merveilleux rôle : un pape qui, fraîchement élu contre toute attente, est assailli de doutes. Et – c’est assez impressionnant pour une personne de cet âge ! –, il court littéralement à travers les rues de Rome pour fuir.
Michel Piccoli nait le 27 décembre 1925 à Paris d’une mère pianiste et d’un père violoniste, et s’oriente malgré cela vers des études de théâtre. C’est à peu de choses près tout ce que l’on sait de sa vie privée. Il entretient ainsi une longue carrière de comédien, pour laquelle il reste insuffisammant reconnu. C’est par le cinéma, malgré des nominations qui n’ont jamais abouti au moindre César, qu’il gagne sa notoriété.

S’il se fait remarquer dans le Doulos de Jean-Pierre Melville, c’est à Jean-Luc Godard qu’il doit son titre de grand acteur. En 1963, il endosse le costume d’un scénariste dont les relations conjugales s’enveniment dans le Mépris. Depuis, son nom a parcouru de nombreuses affiches du cinéma français et européen, et des plus grandes d’entre elles. Il devient l’homme à femmes favori de Luis Buñuel, pour qui il est tour à tour le bourgeois à l’appétit sexuel inassouvi tentant de séduire Jeanne Moreau dans Le journal d’une femme de chambre, le marquis de Sade dans La Voie Lactée, ou encore un habitué des bordels de luxe dans Belle de Jour. Michel Piccoli est aussi l‘acteur fétiche de Claude Sautet, qui lui offre les rôles principaux des Choses de la vie, de Max et les ferrailleurs ou encore celui de François dans Vincent, François, Paul… et les autres.

Dans plus de 200 films, Michel Piccoli joue pour Jean Renoir, Jacques Rivette, Jacques Demy, Alfred Hitchcock, Agnès Varda, Costa Gavras, Claude Chabrol, Ettore Scola, Michel Deville, Manoel de Olivera. Sans oublier La grande bouffe, de Marco Ferreri. Mais, lui qui se disait plus amoureux des metteurs en scène que de ses partenaires, accorde tout autant sa confiance à des débutants (La diagonale du fou, Mauvais sang, Adieu Bonaparte). Il s’estime d’une certaine façon à contre-emploi ainsi : « Je n’ai jamais été solitaire, c’est curieux d’ailleurs, car je joue des rôles de solitaires en général ». Doté d’un grand appétit du travail, l’acteur a multiplié les rôles, très souvent d’êtres détestables, violents, incestueux, tyranniques ou corrompus, peut-être plus intéressé par le défi que par les lauriers de la gloire. Michel Piccoli s’est même intéressé à la politique, cosignant plusieurs pétitions socialistes.

Sa passion pour le 7e art le pousse derrière la caméra dans les années 90. Il réalise d’abord des courts métrages. Son premier long métrage en 1997, Alors Voilà, ne reçut pas les honneurs du grand public. C’est que déplaire ne lui fait pas peur, lui qui est capable d’affirmer s’être « vendu à l’argent » à propos d’une publicité faite pour les éditions Harlequin. 

À 60 ans, lorsqu’on lui demandait s’il tournerait jusqu’à la mort, il répondait contre toute attente : « si je pouvais arrêter de faire l’acteur, je serais très très content, non pas que je sois saturé, fatigué, que j’ai envie de faire mes adieux, mais j’aimerais bien trouver une autre discipline et faire autre chose… C’est pour ça qu’à un moment, j’ai fait le producteur. » Pour autant, Michel Piccoli reste acteur et voit son répertoire se modifier : « Dans ce métier étrange, je viens d'entrer sur le marché du travail dans les rôles de grands-pères. Les carottes sont cuites. » Plus encore, il a suffisamment tourné cette dernière année pour que des fims de lui soient prévus encore fin 2011 et jusqu’en 2012 !…

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