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Portrait

Michel BOUQUET "Le jour où je sentirai que je n’ai plus l’énergie physique de jouer, je m’en irai le soir même"

Publié le 30 Avr 2010

B. KAGAN

Quand, lors d’un entretien récent, on lui demandait quels étaient ses projets, Michel Bouquet répondait simplement : « Progresser, progresser encore. Je voudrais vraiment progresser pour rester en phase avec un public qui ne cesse d’évoluer et ainsi continuer à faire passer les messages des grands auteurs ». À 84 ans et soixante six ans de carrière, le comédien reste un grand homme de théâtre.
 


Michel Bouquet est de ceux dont on peut dire bénis par la chance. Sa carrière, il l’évoque comme un miracle, ce qui en fait d’ailleurs un comédien à la rare modestie. Il naît le 6 novembre 1925, et enchaîne, certificat d’études obtenu, des petits boulots, du mécanicien-dentiste à l’employé de banque, en passant par l’apprentissage en boulangerie et la manutention. Son père étant prisonnier de guerre, il doit aider sa mère, seule à élever ses enfants. Ce sens du soutien familial, Michel Bouquet ne s’en est jamais défait, affirmant encore aujourd’hui que son travail est alimentaire et qu’il le fait pour enfants et petits-enfants.

Ses débuts au théâtre sonnent comme les premières lignes d’un conte de fées. Un beau jour de 1943, ayant déjà ressenti une forte affinité pour le théâtre, le petit Michel se rend à l’improviste chez un haut sociétaire de la Comédie française, en tête la tirade du nez de Cyrano et la Nuit de Décembre de Musset. Il ressort vainqueur, invité à suivre les cours du grand professeur. Les planches et les tournées ne se font pas attendre, le succès non plus. Dès 1944, il joue sur scène des pièces de Molière, Romain Rolland, André Gide. Et, très vite, il joue aux côtés de Gérard Philippe, collabore avec Jean Vilar au TNP et au festival d’Avignon, rencontre Jean Anouilh et Albert Camus, pour qui il éprouve toujours une sincère admiration. Mais Michel Bouquet ne se contente pas d’être seulement comédien : il enseigne le théâtre au Conservatoire d’Art dramatique, prête sa voix à de nombreux films et documentaires, et son image à de nombreux réalisateurs de cinéma, entre autres Claude Chabrol et François Truffaut.



Reconnu hier et aujourd’hui au théâtre et au cinéma, il collectionne les récompenses, Molière du comédien en 1998 et en 2005, César du meilleur acteur en 2002 pour Comment j’ai tué mon père et en 2006 pour son incarnation de Mitterrand dans le Promeneur du champ de Mars, Prix du syndicat de la critique en 1967, 1976 et 1983, sacré meilleur acteur européen en 1991, il obtient aussi le Grand Prix national du théâtre en 1994 et est commandeur de la Légion d’Honneur le 13 juillet 2007.
Malgré tout, le comédien demeure humble et reconnaissant, comme si l’âge conférait la sagesse. Ses récompenses, il s’en satisfait, « mais je n’en fais pas non plus toute une histoire ». Récemment, il avouait « que des gens se dérangent pour me voir suscite en moi un sentiment immense de respect et de reconnaissance […] c’est bien simple, le public m’émerveille ». D’une modestie sans bornes, Michel Bouquet reconnaît toujours les grands auteurs et se refuse même à alimenter le fantasme de mourir sur scène : « le jour où je sentirai que je n’ai plus l’énergie physique de jouer, je m’en irai le soir même », dit-il. Ainsi, en « ouvrier du théâtre », comme il dit si bien, Michel Bouquet demeure actif, joue encore Argan aujourd’hui, et vient de tourner un film en Suisse.

S’il avoue être préoccupé par « la perte des facultés physiques nécessaires au métier », l’âge, Michel Bouquet ne s’en préoccupe pas et ne l’envisage pas comme un handicap. Il affirme même que son intérêt pour le théâtre et l’étude des pièces et des personnages ralentit son vieillissement. « Jouer des mourants, dit-il, ne pose pas de problème », c’est, à son sens, « jouer la vie qui est difficile […] en vieillissant je le vois mieux ». Toujours curieux, comme avec la conscience qu’il a encore beaucoup à apprendre…

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