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Portrait

Martha GRAHAM (1894-1991) « La danse est le langage caché de l’âme, du corps »

Publié le 30 Mar 2007

B. KAGAN

En 1998, le magazine américain Times désigne Martha Graham comme « la danseuse du siècle » et l’une des personnalités les plus importantes du XXe siècle. Cela n’a rien d’étonnant : avec plus de 180 chorégraphies à son compte, une technique qui lui est propre et une telle longévité, la chorégraphe est non seulement une des innovatrices de la danse moderne, mais aussi une des figures majeures de son art.
Danseuse et chorégraphe, Martha Graham est née en Pennsylvanie le 11 mai 1894 et a dédié toute sa vie à un genre de danse dont elle fut l’innovatrice. Ce n’est pourtant qu’à 22 ans, en 1916, qu’elle entre en école de danse, à la Denishawn School. Sa carrière débute à ce moment et ne s’arrêtera plus. En 1925, elle commence à enseigner la danse, et l’année suivante, elle fonde sa propre compagnie, The Martha Graham Company et sa propre école, The Martha Graham School of Contemporary Dance à New York, qui existe encore aujourd’hui, et où ont pris des cours des personnalités telles que Madonna ou encore Woody Allen. Certains des plus grands danseurs du siècle y ont été formés, c’est le cas de Paul Taylor, de Merce Cunningham, d’Isadora Duncan et d’Erick Hawkins, son mari.

Martha Graham a délivré la danse de ses contraintes classiques, clamant que « les grands danseurs ne sont pas grands par leur technique, ils le sont à cause de leur passion ». Sa technique, basée sur le souffle et l’alternance concentration-relaxation, est encore enseignée aujourd’hui. Avec Martha Graham débute en effet une nouvelle ère qui associe la danse au reflet des émotions, puisque considérant que « la danse est le langage caché de l’âme, du corps », son travail s’est vu doublement inspiré : par l’art moderne, et par la psychanalyse. Martha Graham avait appris à « cartographier le cœur », chaque mouvement correspondant à une intention, à une émotion ressentie. C’est ainsi que la chorégraphe a inventé un langage transmettant les impulsions à l’origine de nos actes, fidèle à la parole de son père qui disait que le mouvement ne mentait jamais.



Son répertoire est pourtant varié. Nombreuses de ses chorégraphies, traitées dans le style alors nouveau du « flash back » emprunté au cinéma, sont centrées sur des personnages féminins puisqu’elle en est la principale interprète. Plutôt féministe par ailleurs, elle rejetait les stéréotypes féminins par des mouvements anguleux et appuyés, et n’intégra qu’en 1938 des hommes à sa compagnie. Son inspiration prenait des sources les plus variées possibles : les traditions puritaines qui ont baigné son enfance ou encore la mythologie grecque. La grande Dame se plaisait à dire qu’ « aucun artiste n’est en avant de son temps. Il est son temps » pour justifier cet usage de l’histoire.

Véritable miracle de longévité, Martha Graham a tenu à accompagner sa troupe tout autour du monde, et ce jusqu’à un âge très avancé. Aussi apparaît-elle à la fin d’une représentation sur scène en juillet 1987 et se produit-elle pour la dernière fois sur scène en 1969, à 74 ans ! Abandonnant la danse à 75 ans, elle continue à chorégraphier, notamment Lucifer pour Noureïev et Margot Fonteyn, et Maple Leaf Rag, sa dernière pièce, en 1990, à l’âge de 96 ans. Décédée en 1991, son héritage demeure vivant par les « acrobates de Dieu », danseurs de sa compagnie qui fêtera ses 81 ans en avril.

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