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Portrait

Mario MONICELLI « Ce qui m’ennuie, c’est de ne plus être vivant, pas d’être mort. »

Publié le 30 Mai 2011

Bérénice KAGAN

Le réalisateur italien Mario Monicelli s’est donné la mort le 29 novembre 2010 en se défenestrant depuis sa chambre d’hôpital, où il était soigné pour un cancer de la prostate en phase terminale. Il avait 95 ans. Tragique fin pour ce maître de la comédie italienne.

 
Avec ses compères Dino Risi ou Luigi Comencinila, Mario Monicelli a popularisé, la comédie italienne et contribué à finalement imposer : « le film engagé est sensé plaire à une minorité bourgeoise. Il est donc dur d’avoir la reconnaissance de la critique de la comédie dite à l’italienne », confiait-il récemment à la Cinémathèque française.
 
Avec plus de 65 films à son palmarès, on peut dire de Mario Monicelli qu’il a consacré toute sa vie au cinéma ou presque. À 93 ans, il affirmait à la télévision italienne ne plus vouloir faire de films. D’origine toscane, le réalisateur naît en 1915 à Viareggio, il se lance très tôt dans le 7e art, après des études de philosophie et d’histoire. Sa passion se révèle à 19 ans, il met alors en scène deux courts métrages avec son ami Alberto Mondadori, Cuore Rivelatore et I ragazzi della via Paal, remarqué à la Mostra de Venise. Critique dès 1932, il réalise son premier film en 1937, Pioggia d’estate. Parallèlement, il se lance dans une prolifique activité de scénariste notamment pour Pietro Germi, l’un des grands cinéastes italiens de l’immédiate après-guerre. Sa carrière est ponctuée de multiples collaborations avec d’autres grands noms de la comédie italienne : l’emblématique comique Toto, Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale (à qui il offre son premier rôle dans Le Pigeon) pour ne citer que quelques noms.
 

Mario Monicelli est connu pour être celui qui a codifié le genre de la comédie italienne avec en autres Le Pigeon (1958) qui en restera un des films cultes. Ce film décrit les travers et la petitesse du peuple italien dans la mise en scène d’aussi touchants que dérisoires voleurs préparant un « casse» : Mario Monicelli y fait passer Gassman du comédien shakespearien ou éternel vilain du cinéma au pitre quasi risible.
 
Fin observateur, peintre de mœurs, aucun travers de la société du « Bel Paese » ne lui échappe. Mais derrière cet humour, aucune volonté de n’être qu’un amuseur de foules. « Si on veut dire des choses dures et que l’on utilise le rire, c’est encore plus perçant. L’ironie va plus à fond que le drame. C’est dit avec un ton que tout le monde comprend. L’ironie est un bistouri. »
 
Au sein de son abondante filmographie, on notera entre autres films, La grande guerre qui lui vaut en 1959 un Lion d’Or à Venise et une nomination aux Oscars, ainsi que « en vrac » : Gendarmes et voleurs, les Camarades, les deux Brancaleone, Nous voulons les colonels et en collaboration avec Dino Risi et Ettore Scola, les Nouveaux Monstres. Mes chers amis, où Ugo Tognazzi, Philippe Noiret et Bernard Blier interprétaient une bande de quinquagénaires désœuvrés, cherchant à oublier par leurs farces l’angoisse de la vieillesse et de la mort, est certainement resté un des sommets du genre.
 
Il tourne son dernier long métrage, Le rose del deserto, à 91 ans, en 2006. Sans regarder vers la fin, il se consacre à l’engagement politique. Il collabore à des documentaires, comme en 2001 sur le sommet du G8 à Gênes, lors d’affrontements entre des militants altermondialistes et la police. À 90 ans, il se rendait au Moyen Orient avec d’autres réalisateurs pour filmer l’intifada des Palestiniens. Mario Monicelli multiplie aussi les apparitions médiatiques contre Berlusconi et sa politique : en juin 2010, il appelle des étudiants à se rebeller contre la politique de la culture du gouvernement italien. « Sans la culture, il ne reste plus rien », avait-il clamé à l’université de Rome. Et d’ajouter : « l'Italie est connue à l'étranger seulement pour sa culture et c'est justement cela qu'on cherche aujourd'hui à combattre », dénonçant à l'inverse une « culture de l'enrichissement ».
 
Toujours actif, curieux et impliqué, il était très présent dans la vie quotidienne, descendant au bar à vin pour trinquer avec les commerçants du quartier et toujours prêt à un bon mot avec l’ironie lucide qui le caractérisait. Il y a une dizaine d’années, entrant un jour dans un restaurant où étaient attablés quelques-uns de ses amis acteurs et cinéastes, il en ressortit tout de suite en leur disant : « trop vieux ! ».
Mais le poids des années se faisant, il pouvait dire il y a peu aux jeunes : « Vous devez utiliser votre force pour subvertir, protester, faites-le, vous qui êtes jeunes, moi je n’en ai plus la force ».
 
Mario Monicelli est bien de ceux que l’on peut dire sages, et ce même devant la mort : « La mort ne me fait pas peur, elle me dérange. Cela me dérange, par exemple, que quelqu’un puisse être là demain et que moi je n’y sois plus. Ce qui m’ennuie c’est de ne plus être vivant, pas d’être mort. »…

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