
Manoel DE OLIVEIRA « Abandonner, c’est mourir »
Publié le 20 Déc 2011
Bérénice KAGAN

Né en décembre 1908 à Porto, Manoel de Oliveira est aussi vieux que le cinéma et en a traversé toutes les époques, témoin des progrès technologiques et familier de nombreuses grandes figures du 7e art. Pourtant, c’est encore très jeune qu’il s’y attache, devant Charlie Chaplin à l’époque où il était possible de réaliser un film avec une caméra offerte par les parents. S’il s’est essayé au jeu d’acteur dans sa jeunesse, la carrière de Manoel de Oliveira est essentiellement celle d’un réalisateur.
Longtemps incompris dans son pays natal, le Portugal, le réalisateur s’installe en Allemagne en 1942. Ce n’est qu’en 2011 qu’il est décoré de la Grand-Croix de l’Ordre de l’Infant Dom Henrique lors d’un dîner auprès du chef d’état, quelques semaines après avoir été reconnu par l’Église portugaise. Pourtant, nombreux de ses films transcendent la culture portugaise ou relatent son histoire, à laquelle le réalisateur semble très attaché. Souvent paraboliques, ses films de prime abord fictionnels dénoncent souvent la dictature salazariste ou tournent en dérision la bourgeoisie portugaise. Puis, c’est d’amour dont parle Manoel de Oliveira, d’amours souvent tristes ou impossibles, lui qui vécut pourtant une longue histoire avec sa femme. À chaque fois, en défendant une liberté de création et en refusant de se plier aux conventions. Le cinéaste affirme ne pas rechercher le succès, comme avec un sourire en coin, un esprit polisson, légèrement provocateur.

C’est en avançant dans l’âge que Manoel de Oliveira a gagné ses lettres de noblesse, son unique Palme d’Or lui est remise par Michel Piccoli à l’âge de 100 ans. Ému par cette distinction, il déclarait que c’était « une belle façon de recevoir un prix ». Doyen du cinéma mondial, les hommages à son égard fleurissent tout autant que les acteurs passés derrière sa caméra. Si les débuts de sa carrière sont désormais lointains, l’essentiel de ses films vient avec l’âge : ce n’est que depuis 1990 que le réalisateur sort un film par an. Comme s’il avait attendu la maturité. Car « le cinéma est le miroir de la vie, et en étant le miroir de la vie, il est aussi la mémoire de la vie. » Aussi ses dernières années sont-elles très riches : Belle toujours en 2006, qui remet en scène après 40 ans deux personnages de Belle de jour de Luis Buñuel, Christophe Colomb, l’énigme en 2008, Singularités d’une jeune fille blonde en 2009, L’Étrange Affaire Angelica en 2010, qui sont autant d’histoires d’amour anti-hollywoodiennes.
Aujourd’hui, le réalisateur est, selon les points de vue, soit « vieille école », soit attaché à la simplicité et à la sincérité. Et, s’il s’est évidemment adapté aux techniques du numérique, Manoel de Oliveira croit à la beauté du jeu des acteurs. C’est pourquoi, il a largement contribué à la carrière de certains d’entre eux, ses fétiches. Filmant le moins de scènes possibles, en réduisant aussi au minimum le nombre de plans, le réalisateur s’arrête lui-même sur les détails techniques pendant les tournages. « Il n’y a pas de secret, dit-il, il s’agit de travailler, de faire, c’est une impulsion naturelle ». C’est parce qu’ « abandonner, c’est mourir », que Manuel de Oliveira continue, irréductible.
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