
Lou DONALDSON « Garder la forme ! »
Publié le 30 Juin 2011
Y. KAGAN, Fondation de Rothschild

Lou Donaldson est l’un des plus grands héritiers de Charlie Parker, de 6 ans son aîné, qui fût le grand choc de sa carrière dans les années 40. Et il continue de cultiver et de perpétrer avec bonheur l’idiome du be bop. Mais au-delà de ce style, Lou est un des garants de la tradition du jazz, qui s’identifie par une qualité de son, un swing sans faille et une aptitude à jouer le blues que bien de ses contemporains ou successeurs ont malheureusement perdue. Avant Parker, il a été influencé par beaucoup de maîtres du saxophone alto, tels que Tab Smith, Benny Carter ou Pete Brown, mais avant tout par le grand Johnny Hodges dont il a intégré le lyrisme, notamment dans les ballades. Fort d’une culture jazzistique extrêmement vaste, il a su, au-delà de cet instrument, incorporer dans son jeu toute la tradition du jazz, au service d’un son parfaitement identifiable.
Comme beaucoup de grands musiciens de jazz, Lou est issu d’une famille nombreuse dont les parents baignèrent leurs enfants dans la musique. « Ma mère, se rappelle-t-il, m’apprit le piano, mais comme je n’y prenais pas vraiment goût, je me mis à la clarinette ».Un jour, on lui proposa de jouer dans un orchestre de dance, sa seule condition : jouer du saxophone alto. Comme il tenait au poste, il répondit au bluff par l’affirmative, alors qu’il n’avait jamais encore touché à cet instrument. Il s’y mit et n’en changera jamais.
Devenu professionnel, il s’aguerrit progressivement en jouant avec des formations variées. Apprécié par des musiciens de premier plan (Illinois Jacquet ou Dizzy Gillespie) et sur leurs conseils, Lou Donaldson, malgré sa réticence – il ne se croyait pas suffisamment bon – décide de déménager à New York en 1950. Il y acquiert une certaine notoriété qui va le conduire à sa première session d’enregistrement avec Milt Jackson et John Lewis, puis à un engagement avec les Jazz Messengers d’Art Blakey où il côtoie avec bonheur le grand trompettiste prématurément disparu, Clifford Brown, engagé sur ses conseils. Devenu un des artistes phares du fameux label « Blue note », il va graver un nombre considérable de disques dont il n’est pas peu fier, avec un certain nombre de hits, tels Blues Walk ou encore Alligator Boogaloo.

À partir des années 60, Lou va souvent être accompagné par une association orgue-guitare et développer – c’est l’ère du temps – un jeu sobre, basé sur le blues et la soul music, et dansant avec une pulsation simple mais efficace. Regrettant ainsi que le feeling du blues ait disparu de la musique contemporaine : « Il est essentiel que ma musique ait un parfum de blues, parce que c’est vraiment l’essence du jazz. Et d’ajouter : La pulsation est vraiment ce qui amène les gens vers la musique ; même les musiciens de rap sont suffisamment astucieux pour mettre en place en premier un rythme. Et malheureusement, ils se mettent à rapper dessus ! »
Depuis les années 80, jusqu’à nos jours, il a trouvé une synthèse sereine entre le be bop, auquel il est resté toujours fidèle, et les morceaux plus funky.
Les épreuves de la vie ne l’ont pas épargné. Après avoir perdu l’une de ses deux filles, il a perdu sa femme il y a quatre ans, après 55 ans de mariage. Avec la famille qui lui reste et les nombreux engagements musicaux, un troisième ingrédient l’aide à maintenir sa vitalité, le golf. Lou y joue quotidiennement dans l’un des deux cours du Bronx, près de son domicile. « C’est pour me relaxer et pour garder la forme », souligne-t-il. Fier de ne pas faire son âge, il raconte que, régulièrement, il gagne des paris contre des joueurs bien plus jeunes que lui et qui le défient, ne s’attendant pas à être vaincus : « Je me sens vraiment bien, confiait-il récemment. Je viens de faire un score de 41 au golf pour 9 trous ».
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