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Portrait

Lionel HAMPTON (1908-2002) “La joie de jouer”

Publié le 30 Mai 2010

B. KAGAN

Légende de l’histoire du Jazz, le vibraphoniste Lionel Hampton est resté musicalement actif très longtemps, ayant donné son dernier concert en 2001, à l’âge de 93 ans, 1 an avant de nous quitter.




Né d’un père musicien porté pour mort au front pendant la Première Guerre mondiale, le jeune Lionel, élevé par sa mère et sa grand-mère, découvrira la musique pendant son enfance, suivant des cours de batterie et de piano. À la fin de ses études, il décide de devenir musicien professionnel. Il est engagé comme batteur dans un grand orchestre. En 1930, il y fera la première rencontre décisive de sa carrière, celle de Louis Armstrong en personne, qui lui fera prendre son premier solo de vibraphone enregistré sur le thème « Memories of you ».  « Il y avait cet instrument dans un coin. Louis m’a demandé si je savais en jouer » se plaisait-il à raconter. Il ne lui faudra que peu de temps pour se familiariser avec cet instrument qui rappelait le xylophone qu’il avait pratiqué pendant son enfance.

Remarqué en 1936 par le clarinettiste Benny Goodman, il sera engagé dans un quartette qui sera un des premiers groupes mixtes de l’histoire composé de deux noirs, Lionel et le grand pianiste Teddy Wilson, et de deux blancs, Benny et le batteur Gene Krupa. Ce qui n’était pas sans poser de problème : « Pendant un show, raconte Lionel, un admirateur blanc a voulu offrir une bouteille de champagne à Teddy. Un flic brisa la bouteille en hurlant : "Pas de champagne pour les nègres ! »
Lionel Hampton devient une vedette et sera amené à faire nombre d’enregistrements historiques avec quasiment tous les grands solistes de l’époque. On pouvait l’entendre et le voir étinceler non seulement à son vibraphone mais aussi à la batterie et au piano dont, accompagné au clavier par un pianiste, il jouait dans le registre aigu avec ses deux doigts dont il se servait tels des mailloches.



Puis il va créer en 1942 son big band qui survivra grâce à ses talents de musicien et de showman et aussi avec l’aide de sa « redoutable » épouse Gladys, qui veillait aux finances. Sans parler de sa capacité à dénicher de grands musiciens tels les trompettistes Joe Newman, Cat Anderson, Clifford Brown, les saxophonistes Illinois Jacquet, Dexter Gordon, Arnett Cobb, Johnny Griffin, le trombone Al Grey, le pianiste Milt Buckner, le bassiste Charlie Mingus et la chanteuse Dinah Washington qui firent tous leurs premières armes chez lui.
Sa carrière le conduira à se produire inlassablement à travers le monde et à continuer d’enchaîner les séances d’enregistrements avec tant de grands noms. Et ce en dépit du décès de Gladys en 1971. Mais Lionel n’avait-il pas une autre compagne ? À l’instar de Duke Ellington avec sa formule  « Music is my mistress », Lionel Hampton pouvait-il dire, vers la fin de sa carrière : « La musique était notre épouse et nous l’aimions ; nous pouvions rester avec elle, l’habiller et mettre des bagues de diamant sur ses mains. »

À l’âge de 84 ans, il disait encore : «  J’ai toujours pensé que je serai encore en train de jouer à cet âge. » Il faisait preuve d’une incroyable énergie comme en témoigne cette anecdote : victime d’une attaque cardiaque lors d’un concert à Paris en 1992, il trouvera la force, alors qu’il était évacué sur une civière, de crier à ses musiciens de continuer de jouer.
Cet homme qui, par ailleurs, avait créé une fondation destinée à financer la construction d’immeubles à Harlem, ne fut pas épargné par les épreuves sur le tard. En 1997, l’incendie de son appartement à New York réduira en cendres la totalité de ses archives et récompenses. Pourtant, il continuait de tourner sans relâche malgré les rhumatismes dont il était perclus. À 90 ans passés, il fallait presque le porter sur scène. Mais dès qu’il était auprès de son vibraphone, il retrouvait une vigueur et un enchantement juvéniles, pour à nouveau s’éteindre une fois le spectacle terminé… « Il incarnait réellement l’esprit du jazz parce qu’il éprouvait tant de joie à jouer », dit de lui Sonny Rollins à ses obsèques.



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