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Portrait

Juliette GRÉCO « Je regarde en avant, et pas en arrière »

Publié le 30 Mar 2010

B. KAGAN

2009 aura été une année mémorable pour Juliette Gréco. La grande dame fête en effet ses soixante ans de carrière dans la chanson, récompensés par la médaille d’honneur de la Sacem, avec la sortie d’un nouvel album, accompagné d’une série de concerts parisiens. Soixante ans, certes, mais non pas révolus.



À 82 ans, Juliette Gréco n’aime pas que l’on évoque son parcours, sa jeunesse, et, modeste, refuse d’en parler, « je regarde en avant, et pas en arrière », confiait-elle récemment. Pourtant, ce ne serait pas lui faire hommage que de ne pas rappeler son parcours, car la vie de Juliette Gréco est de celles que l’on se plaît à entendre conter, presque digne d’un conte de fées. Elle naît le 7 février 1927 à Montpellier, se passionne vite pour la danse et devient petit rat à l’Opéra de Paris. Mais la guerre éclate et, entraînée dans la résistance par sa mère, Juliette se retrouve emprisonnée à Fresnes jusqu’à la libération. C’est orpheline et sans ressources qu’elle se retrouve en 1945. Hébergée par sa seule connaissance parisienne, une amie de sa mère professeur de français et comédienne, Juliette Gréco commence sa vie parisienne, à deux pas de Saint-Germain-des-Prés. Elle découvre le théâtre, prend quelque cours, fait de la figuration à la Comédie Française et, parallèlement, se lance dans le militantisme en entrant dans les Jeunesses Communistes.

À Paris, Juliette mène une vie de bohême, celle que l’on lui connaît, décroche quelques rôles au théâtre, travaille dans une émission de radio consacrée à la poésie, et fait d’innombrables rencontres, de philosophes, écrivains, artistes, jazzmen qu’elle fréquente. Incarnation de l’esprit rebelle et artiste d’après-guerre, Juliette Gréco apparaît en couverture de plusieurs magazines, aux côtés de Jean Cocteau, Boris Vian ou Miles Davis dont elle s’éprend, et devient une des muses de Saint-Germain-des-Prés. En 1949, elle assiste à la réouverture du Bœuf sur le toit, et lance à cette occasion sa carrière musicale, bénéficiant de nombreux textes qu’écrivent pour elle Jacques Prévert ou Raymond Queneau (« Si tu t’imagines »). Parallèlement, Juliette obtient un rôle dans l’Orphée de Jean Cocteau, se consacre au cinéma dans les années 50, et connaît alors un vif succès aux États-Unis. Très vite, la renommée de Juliette Gréco s’accroît, en même temps que ses nombreuses activités. Elle joue au cinéma, au théâtre, chante avec Gainsbourg, Brel, Ferré et Brassens, multiplie les albums, les scènes et les tournées, dans un rythme effréné : « je ne me suis même pas aperçue que soixante ans avaient passé », lance-t-elle lors d’une interview.
Éternellement jeune et libre, voilà ce que l’on peut dire de l’icône Juliette. En 2007, elle reçoit une Victoire de la musique et se produit à la Salle Pleyel. En 2008, elle s’essaie même au slam aux côtés d’Abd-Al-Malik. En avril 2008, elle sort un album né de la collaboration avec des auteurs de la nouvelle génération, et confie que cela avait été pour elle une transfusion de jeunesse.



À plusieurs reprises, celle qui fut l’icône de Saint-Germain-des-Prés montre des signes de fatigue, puisqu’elle est prise de malaises sur scène au Printemps de Bourges en 1991 et à Montpellier en 2000. « La seule chose, c’est le corps qui est capricieux. Je ne sais pas encore ce que vieillir veut dire. J’espère ne jamais le savoir. Cela n’a pas de signification pour moi, autre que d’avoir mal quelque part, être malade. » Mais Juliette Gréco ne s’arrête pas, refuse de prendre sa retraite ni même de ralentir le rythme, et reste très active et confiante dans l’avenir, persuadée que la plus belle période de sa vie est à venir.

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