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Portrait

Jean D'ORMESSON "Ce qui compte, ce sont les lecteurs après la mort !"

Publié le 30 Mar 2012

Marie BOETON

Jean d’Ormesson, c’est avant tout un regard, un regard bleu ciel malicieux, cabotin diraient certains. L’homme de lettres – de son vrai nom Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d’Ormesson – aurait pu se contenter de gérer ses châteaux. Il n’en est rien. Ce lettré mondain a choisi d’écrire. Auteur à succès depuis plus de trente ans, Jean d’Ormesson enchaîne les opus ces dernières années. À 86 ans, il n’a même jamais été aussi prolifique. Une manière, sans doute, de laisser sa marque. « Est-ce que j'ai fait une oeuvre ? », s’interroge-t-il. « Je n'en sais rien. On verra ça dans trente ans. Ce qui compte, ce sont les lecteurs après la mort ! ».

Né en 1925 dans le très huppé 7e arrondissement de Paris, l’enfant gâté passe ses premières années au château de Saint-Fargeau, propriété de sa mère. Grâce à son père, diplomate, il séjourne tour à tour en Allemagne, en Roumanie, au Brésil… À 19 ans, il intègre l'École normale supérieure et décroche l'agrégation de philosophie. « J’ai bénéficié d’un grand confort matériel et intellectuel, concède l’intéressé. J’ai été très aimé. Au début de ma carrière, je me suis même demandé si ce n’était pas un handicap pour devenir auteur. Les bons sentiments ne font pas toujours de la bonne littérature. Le drame, le cynisme, les larmes, ont donné tant de chefs-d’oeuvre ! ».
 
Il lui faut attendre la quarantaine pour que Jean d’Ormesson gagne ses lettres de noblesse… en littérature. Après avoir occupé des fonctions éminentes à l’Unesco en début de carrière et avoir occupé le prestigieux poste de directeur du Figaro à partir de 1970, il publie l’année suivante La gloire de l’empire, qui narre la chronique d'un empire imaginaire où les passions les plus dévorantes servent les ruses de l'histoire. Acclamé par la critique, ce déboussolant pastiche s’écoule à plus de 100 000 exemplaires. Sur la personne, toutefois, les avis sont moins unanimes. Les prises de position de l’écrivain lui vaudront d’irréductibles ennemis à gauche. Il leur rendra bien, lui qui n’a jamais cessé de répéter : « Quand on a 20 ans, voter à droite, c'est ne pas avoir de coeur. Quand on en a quarante, voter à gauche, c'est ne pas avoir de tête ». Controversé, l’homme de lettres n’en sera pas moins élu à l'Académie française en 1973. Il y sera le grand artisan de l'entrée de la première femme admise sous la coupole, Marguerite Yourcenar (1980).
 
 
Grand lecteur de Chateaubriand, d’Ormesson ne cessera, ensuite, de se consacrer à l’écriture. « Je n'écris pas pour passer le temps ni pour donner des leçons. Je n'écris pas pour faire le malin ni pour ouvrir, comme ils disent, des voies nouvelles à la littérature, explique-t-il. J'écris pour y voir un peu plus clair et pour ne pas mourir de honte sous les sables de l'oubli ». Ses romans plaisent, sans doute du fait d’échapper aux conventions du genre romanesque : les digressions l’emportent sur l’intrigue, les anecdotes cohabitent avec une impressionnante érudition.
 
L’analyse du temps est l’un de ses thèmes favoris. Dans son avant-dernier ouvrage, C'est une chose étrange à la fin que le monde, l’auteur s’interroge sur le sens de la vie, se demandant si ce n’est qu’une parenthèse entre deux néants. « Je crois que la vie a un sens, qui ne saurait être stoppé par notre disparition. Je crois que la justice et la vérité, si souvent contrariées ici-bas, doivent bien exister quelque part... ». Si son avancée dans l’âge l’amène à des questionnements de plus en plus existentiels, il n’en savoure pas moins chaque instant. Et ne semble pas regretter la jeunesse. Au contraire. « Je suis peut-être moins malheureux à 80 ans qu'à 20. La vie était plus facile, mais j'étais terriblement angoissé ».
 

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