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Portrait

Cora VAUCAIRE « Ma mémoire est dans mes mains »

Publié le 30 Oct 2011

B. KAGAN

Subtilité et discrétion comme premières armes pour se frayer et conserver une place de choix au Panthéon de la chanson française, Cora Vaucaire est de ces bâtisseurs de patrimoine dont le nom est insuffisamment célébré. Le 17 septembre 2011, elle s’est éteinte. Alors âgée de 93 ans, elle laisse derrière elle une longue carrière qui ne peut pas ne pas être évoquée.
Née à Marseille en 1918, elle voulait, enfant faire du théâtre. Puis elle découvrit la chanson : « Je n’avais jamais vu quelqu’un chanter sur scène ». Et ce fut la révélation de sa vie. « La chanson qui amène tant d’émotions et tous les sentiments en une seule soirée, c’est ma vie », confiait-elle récemment. Très expressive sur scène, elle disait de la chanson que c’était une « pièce de théâtre en 3 minutes, ajoutant : ma mémoire est dans mes mains. »
Elle disait d’elle-même : « Je suis un petit animal plutôt sauvage ». La chanson lui permettait d’exprimer son goût pour la liberté : « je ne supporte pas la contrainte, ajoutant : chanter c’est merveilleux ; personne ne doit me dire ce que je dois faire ; je suis libre ; je fais ce que je veux avec les chansons ».
Libre certes, mais d’une grande exigence, Cora Vaucaire se plaignant du « vide et du manque » actuels dans les paroles et mélodies, affirmait avec force : « Un interprète ne peut pas se permettre de ne rien dire. » Exigence allant de paire avec un grand perfectionnisme : « Quand je m’entends, je n’entends que ce qui ne me plaît pas ; on veut toujours exprimer autrement ; je ne peux pas me faire à cette personne que je ne connais pas et qui ne fait pas exactement ce que je veux ».
Anti-star personnifiée et dotée d’une grande modestie, la chanteuse à la voix claire a toujours mis en avant les autres davantage qu’elle-même : « Sur mon programme, je ne mets que les photos de mes auteurs, je les appelle mes maîtres chanteurs ». Il y eut d’abord son mari, le parolier Michel Vaucaire par qui Edith Piaf ne regrette rien. Puis les artistes qu’elle aurait lancés : Barbara qui ne parvenait pas à chanter ses propres textes, ou encore Léo Ferré. Et enfin, tous les auteurs que son interprétation a transcendés : Aragon, Apollinaire et Prévert, au premier plan.


Ainsi, ne cherchera-t-elle pas à polémiquer pour revendiquer qu’elle fut la première interprète de l’immortelle chanson Les feuilles mortes : Un beau jour, « Wladimir Kosma me joua au piano le morceau » qu’elle identifia d’emblée comme un chef d’œuvre. C’était la première fois, remarquait-elle que « Prévert écrivit les paroles sur une musique déjà écrite » pour le film Les portes de la nuit. À propos de Montand qui prétendait avoir été le premier à l'interpréter, elle se contenta de dire : « Il a manqué d'élégance ».
Figure parisienne par excellence, rattachée au grand groupe d’artistes, de poètes et de musiciens qui fit les beaux jours de Saint-Germain-des-Prés, Cora Vaucaire qui disait : « J’adore le blanc, ça me fait du bien, comme prendre un bain », en fut la « dame blanche », tandis que Juliette Gréco était la dame en noir.
Il restera d’elle l’image d’une femme éternellement fragile interprétant la poésie d’une voix vibrante. Première chanteuse des Feuilles mortes, Cora Vaucaire fut aussi l’interprète de La Complainte de la Butte dans le film French Cancan de Renoir en 1955, ainsi que de Trois petites notes de musique dans Une aussi longue absence d’Henri Colpi, ou encore de chansons de Clara et les méchants, Ballade des truands, Les Visiteurs du soir.
« Je n’ai jamais été intellectuelle de ma vie, confiait-elle récemment. Je suis le cancre parfait ». Et d’ajouter : « La poésie, je n’y connais rien », avoue-t-elle avec moins de crainte et de honte que d’estime. Mais à la défense de « l’esprit français des textes qui expriment souvent la joie de vivre et toujours des sentiments forts », Cora Vaucaire a chanté Paris et l’amour sur scène, jusqu’à plus de 80 ans.
En 1997, pour fêter ses 80 ans, elle fit un tour de chant triomphal à la Comédie des Champs Élysées attirant une salle bondée la semaine durant. Mais la « dame blanche » affectionnait les petits théâtres à l’italienne plus que les grands music-halls, s’important aussi aisément à l’étranger et remportant quelques prix confidentiels. Loin de la gloire, des paillettes et de l’argent…

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