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Portrait

Claude CHABROL « Je tournerai jusqu’à ce que l’on m’abatte. »

Publié le 30 Oct 2010

B. KAGAN

Le 12 septembre 2010, une déferlante médiatique est provoquée par la disparition de Claude Chabrol, qui à 80 ans était encore convaincu de n’avoir aucun grand succès à fêter... Pourtant, le cinéaste a tourné plus de 70 films et écrit plus d’une cinquantaine de scénarios, pour les salles obscures ainsi que la télévision, et s’est même illustré comme acteur. Il mérite évidemment sa place au Panthéon des grands du Cinéma français.
Claude Chabrol est né le 24 juin 1930 et fréquente les salles de cinéma dès ses 4 ans. Il racontait même qu’il s’était improvisé projectionniste à 11 ans dans un garage désaffecté faisant office de salle noire clandestine. Malgré cette passion naissante, il entame des études de droit, puis, sans conviction, des études de pharmacie, et abandonne tout pour devenir attaché de presse à la Fox en 1955. Rencontrant ses camarades François Truffaut et Jacques Rivette, il agit comme critique de cinéma dès les débuts de la Nouvelle Vague, et multiplie les publications. En 1956, il finance sa propre maison de production, AJYM, qui accueille certaines œuvres du mouvement, et tourne son premier film en 1957, avec Brialy, Le Beau Serge, puis Les Coussins, pour lequel il obtient un Ours d’Or à Berlin en 1959. Il reçoit plusieurs prix pour l’ensemble de sa carrière et de son œuvre : le prix René Char de l’Académie française en 2005, la Caméra d’or de la 59e Berlinale en 2009, et le grand prix 2010 de la SACD, mais il sera toujours boudé par les cérémonies plus connues. Regrettant l’image paillettée du cinéma (pour lui, à Cannes, « pendant les projections, tout le monde roupille ou soigne sa gueule de bois »), Claude Chabrol aimait se moquer des honneurs : « Je n’ai aucune sympathie ni pour Cannes, ni pour les Césars ni pour les Oscars, je trouve ça incroyablement puérile. Je préfère les petits festivals où l’on boit du bon vin. »

Claude Chabrol aimait traiter de la bourgeoisie. Selon ses propres termes, « la bourgeoisie est actuellement le seul groupe qui s’enorgueillit d’être une classe. » D’abord spécialisé dans cette critique acerbe, il opte à la fin des années 70 pour des choix de scénarios plus éclectiques, s’essayant tout autant au polar qu’aux faits divers ou aux ambiances plus intimistes. Un trait demeure, la noirceur de l’âme humaine, toujours en contraste avec la bonhommie du cinéaste. « Je cherche à voir comment l’être humain, face à une société qui ne lui correspond pas, se mue en insecte et retourne à l’état animal. expliquait-il récemment, opposant à ces propos un optimisme réel et une joie de vivre. Je n’aurais probablement pas été capable de faire passer mon œuvre avant mon bonheur personnel. Comme je suis de nature optimiste, je pense que l’être humain s’améliore toujours. J’ai même atteint une sorte de béatitude, pas mal pour un mécréant, non ? ».

Ses productions n’auront pas ralenti avec l’âge : il sortira La fille coupée en deux en 2008, Bellamy en 2009, ainsi que la série des Maupassant pour la télévision. Il tournera même dans Gainsbourg, vie héroïque en 2010 et prêtera sa voix à un film d’animation, Le jour des Corneilles. Au printemps, il dévoilait pour la télévision certains projets : un nouveau scénario avec sa fille et une nouvelle adaptation des Maupassant pour la télévision.

Éclairé et doté d’un vif sens de l’humour, le cinéaste aimait à se moquer de son âge comme du monde du 7e art. « Depuis la mort d’Eric Rohmer, je n’ai plus qu’un seul aîné en vie, Jacques Rivette, ce qui fait qu’on prend quelques gants avec moi, y compris dans la presse : je peux tourner ce que je veux, du moment que ça ne coûte pas trop cher ! » À propos de la modestie des jeunes et du fossé entre les générations, il répondait : « On la ramenait beaucoup. Rohmer était le plus sage, mais parce qu'il était plus vieux que les autres de dix ans. La vieillesse n'est pas toujours un naufrage. » Mais en bon hyperactif, Claude Chabrol ne s’imaginait pas un seul instant prendre sa retraite : « je tournerai jusqu’à ce que l’on m’abatte. », confessait-il encore récemment…

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