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Portrait

Christiane DESROCHES NOBLECOURT « Plus on est savant, plus on doit être simple »

Publié le 30 Avr 2011

Bérénice KAGAN

Étrangement, l’histoire semble souvent décider pour nous des grands noms à retenir et elle opère une sélection injuste. Aussi, certains personnages ne bénéficient-ils pas de la reconnaissance qui leur est due, et ce bien qu’ils aient pour beaucoup contribué à l’enrichissement de nos savoirs. Christiane Desroches Noblecourt fait partie de ces derniers.

 

 « Plus on est savant, plus on doit être simple », se plaît à affirmer celle qui, maintes fois, a pu être « la pharaonne » ou encore « la dame du Nil ». Pas étonnant, quand les quelques portraits faits de Christiane Desroches Noblecourt la décrivent comme timide. Elle est en fait une grande dame, bien loin des préoccupations médiatiques, profondément engagée.
Christiane Desroches Noblecourt, née en 1913, se passionne très vite pour la civilisation égyptienne, car « c’est quand même la première grande civilisation qui existe au monde et qui est à l’origine de la nôtre. » Aussi, dès 1922, date de la découverte du tombeau de Toutankhamon, son avenir semble tracé. À l’école pratique des hautes études de la Sorbonne, elle fait une thèse en philologie, et en réalise une d’archéologie à l’école du Louvre. C’est donc naturellement qu’elle est nommée au département des Antiquités égyptiennes du Louvre en 1936, et dirige son premier chantier de fouilles en 1938, année lors de laquelle elle est nommée à l’école du Caire.

Première femme à obtenir ce poste, cette nomination ne se fera pas sans remous et soulèvera quelques polémiques : certains de ses collègues refusèrent même de partager une salle de travail avec elle, ou demandèrent au ministère de réviser son décret. Christiane Desroches Noblecourt, sur cet poinr, se compare à la reine Hatshepsout, qui avait « le grand tort d’être une femme », et fait le sujet de son ouvrage, La reine mystérieuse, publié en 2002.


N’ayant que faire de cette misogynie, l’égyptologue préfère consacrer la quasi-totalité de sa vie, quatre-vingt-cinq ans à la conservation et la sauvegarde du patrimoine antique. Aussi est-elle activement impliquée dans la construction du barrage d’Assouan et dans la protection de monuments menacés, tel que le temple d’Abou Simbel. C’est à la demande de l’UNESCO que Christiane Desroches Noblecourt a lutté pour obtenir le soutien du gouvernement français dans son combat. Ce dernier sera récompensé par le don au musée du Louvre du buste d’Akhénaton. Ainsi, elle devient conservatrice générale au Louvre et favorise la popularité des antiquités égyptiennes. Elle contribue, en outre, à améliorer les relations franco-égyptiennes par le sauvetage de la momie de Ramsès II, l’organisation d’expositions fastueuses sur Toutankhamon et Ramsès II, la création du Centre de documentation et de recherches scientifiques du Caire et celle du centre franco-égyptien à Karnak. En 1984, plus de cent sépultures seront aussi explorées par ses soins, dans la Vallée des Reines.

« J’ai toujours aimé enseigner, pas pour emmerder les gens, pas pour seriner des histoires, mais pour enseigner l’histoire d’objets antiques et les faire vivre, les faire renaître. » Christiane Desroches Noblecourt n’a jamais cessé d’écrire afin de diffuser ses savoirs. Et ce n’est pas l’âge qui l’arrête ! Ramsès II, la véritable histoire en 1997, Toutânkhamon en 1999, Le secret des temples de la Nubie en 1999, La reine mystérieuse en 2002, Sous le regard des dieux en 2003, Le fabuleux héritage de l'Égypte en 2004, Le secret des découvertes en 2006… Autant d’ouvrages rédigés entre ses 84 et 93 ans !

Aussi multiplie-t-elle tout autant les récompenses et les distinctions : grand-croix de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre du mérite, commandeur des Arts et des Lettres, médaille d’or du CNRS, grande médaille d’argent de l’UNESCO. On s’étonnerait presque de ne pas en trouver une pour la discrétion. Christiane Desroches Noblecourt ne parle presque jamais d’elle. Peut-être parce qu’elle résume sa vie en ces mots : « La mienne a été bien remplie. L’amour, dans ma famille ; la culture de mes parents ; mon métier ; les voyages que j’ai faits ; l’action que j’ai menée, ça forge le tempérament. Après ça, on est bon pour résister un peu. »
 
 
 

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