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Portrait

Andrée CHÉDID « La vie, il faut la saisir au collet… »

Publié le 30 Mar 2011

Bérénice KAGAN

Son nom semble plus connu pour être porté par son fils et son petit-fils, tous deux auteurs-compositeurs et interprètes reconnus, pourtant Andrée Chédid mérite tout autant sa place au Panthéon des poètes français. Le 6 février dernier, elle est décédée à Paris au terme d’une longue vie. Elle laisse derrière elle une œuvre poétique et littéraire très riche, dans laquelle elle n’a cessé de clamer, comme un hymne perpétuel, son amour à la vie.
 

 
Andrée Chédid est née au Caire en mars 1920 de parents chrétiens libanais séparés, dont elle déplore l’absence pendant sa jeunesse. En 2001, elle dédie à sa mère un livre de souvenirs, Les saisons de passage, qui témoigne de son amour filial et exprime son absence de rancœur. Enfant, Andrée est pensionnaire de nombreux établissements chrétiens, au Caire puis à Paris, et c’est à 12 ans que naît son envie de devenir poète. C’est pourtant un diplôme de journalisme qu’elle obtient en 1942 à l’université américaine du Caire. Mariée en 1943 à son cousin Louis pour qui son amour ne s’est jamais éteint, elle donne naissance à deux enfants et à une œuvre irriguée par ce sentiment amoureux.

Son premier recueil de poésie, en anglais, On The trails of My Fancy, est publié au Caire en 1943, mais Andrée Chédid suit son mari à Paris et opte ainsi pour la langue française dès 1946. Elle s’y installe définitivement et obtient la nationalité française. Ainsi, elle publie Textes pour une figure en 1949. Son premier roman, Le Sommeil délivré, paraît en 1952.
 
L’écrivain publie recueils de poèmes, nouvelles, romans, récits – dont Le sixième jour en 1960 et L’autre en 1969, tous deux adaptés à l’écran – et pièces de théâtre sans relâche, obtenant de nombreux prix de poésie et des reconnaissances honorifiques parmi lesquelles le Goncourt de la nouvelle pour Le Corps et le temps en 1979. À l’occasion du Printemps des Poètes en 2009, un concours de poèmes chantés a même été crée à son nom. Andrée Chédid est, la même année, fait Grand officier de la Légion d’honneur. Les dernières années de sa vie, son élan créateur ne s’essouffle pas : elle écrit « Je dis Aime » à son petit-fils Matthieu, le bien connu chanteur M ; plusieurs recueils de poèmes et récits sont publiés avec en filigrane son orient natal : Petite terre, vaste rêve, avec Louis Chédid, Babel, Fable ou Métaphore ?, en 2002, Rythmes, en 2003, Vitesse de la lumière-Instantanés, en 2006 et à l’automne 2010, L’Étoffe de l’univers.

 

Ses écrits sont de ceux qui, volontairement réalistes et sans angélisme, proclament la nécessité de la vie, car « nos vies ont un terme, la vie n’en a pas », fait-elle dire à l’un de ses personnages dans La cité fertile. Aussi, Andrée Chédid semble t-elle ne pas craindre la mort, et ce malgré l’âge avançant. En 2005, à 85 ans, elle composait cinq poèmes, tous intitulés « Mourir ». Le regard toujours franc, accepter l’idée de la mort semble aussi ce qui permet de mieux jouir de la vie. Ce n’est donc pas l’Alzheimer, « cette salope », comme elle la nommait, qui fait taire Andrée Chédid. « J’en ai assez de mourir/Jour après jour. Je meurs d’avoir trop espéré/D’avoir trop et trop vite/Vécu de la douceur des mots », pouvait-elle affirmer dans ses moments les plus sombres.
Pourtant, en guettant l’oubli et en se pressant face à l’échéance, elle livre un dernier roman en 2010, Les quatre morts de Jean de Dieu, dont le héros, son double masculin atteint de la même maladie, réussissait encore à parler avec un espoir intact : « La vie, il faut la saisir au collet depuis son plus jeune âge. Avec sérénité, mais avec appétit féroce. »

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