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Portrait

Julio LE PARC « Mon art n’a pas d’âge ! »

Publié le 1 Juin 2013

M. BOETON

Actuellement sous les feux des projecteurs grâce à la rétrospective qui lui est consacrée au Palais de Tokyo, Paris (XVIe), Julio Le Parc est décrit partout comme un « jeune artiste de 84 ans ». Et pour cause ! L’homme, en prônant l’expérimentation perpétuelle, est infiniment contemporain.  
 
C’est un grand monsieur enrobé dans son manteau et ne quittant jamais son éternel béret. Il parle d’une voix basse et difficilement audible, mais il se tient droit et conserve un regard perçant et doux à la fois. Né en 1928 à Mendoza (Argentine), Julio Le Parc a passé sa vie entre la France et l’Amérique latine et l’a dédiée autant à l’art qu’à l’engagement politique. Encore jeune, il préfère le dessin aux cours et se dirige, naturellement, vers l’école des Beaux Arts de Buenos Aires, où il se mêle autant à l’avant-garde artistique qu’aux mouvements étudiants contestataires. Ainsi, c’est pour mieux rejeter la société argentine et son art statique que Le Parc gagne Paris avec quelques-uns de ses camarades. C’est là qu’ils fondent le GRAV, groupe de recherche d’art visuel qui survivra pendant dix années, alors que Julio Le Parc réalise ses premiers travaux sur la lumière réfléchissante et les variations de couleurs dans des mobiles en mouvement. 
Créant labyrinthes et œuvres de grandes dimensions, le plasticien cherche à faire de l’œuvre une véritable expérience sensorielle pour le visiteur, voire un jeu ou au moins un parcours physiquement déstabilisant. Si Julio Le Parc est toujours présenté comme ce fameux « jeune artiste de 84 ans », c’est que son art se vit légèrement avec l’esprit enfantin. D’ailleurs, il affirme aisément : « Mon art n’a pas d’âge ! ». Ses jeux de lumières et de couleurs sont aussi magiques que ses mobiles que l’on peut actionner en se laissant hypnotiser, ses miroirs dans lesquels on contemple sa propre image déformée, ses effigies que l’on peut viser avec une balle en mousse comme dans une fête foraine, ou encore ses armées de punching balls permettant la révolte contre les figures de l’autorité. Engagé dans les luttes sociales, l’artiste a toujours plus travaillé à la rédaction de manifestes et à enrichir la philosophie de l’art qu’à sa gloire personnelle. Expulsé 5 mois de France pour avoir réalisé des affiches lors des événements de mai 1968, Julio Le Parc s’est souvent interrogé sur la mission de l’artiste dans la société au travers de nombreuses conférences. Sa longue carrière n’est parsemée que de quelques expositions personnelles. Selon l’anecdote, en 1972, il a même refusé une rétrospective au Musée d’art moderne de Paris en jouant sa décision à pile ou face. De là, il semble évident que le succès importe peu à ce- lui qui a passé plus de temps dans ses ateliers que dans les réunions mondaines. 
 
 
Pourtant, sa renommée est bien présente. Rien d’anodin à cela, puisque Julio Le Parc est considéré comme le fondateur de l’art cinétique et semble avoir bien compris que son travail ne serait réellement reconnu qu’à la force du temps. C’est l’âge avançant qu’il peut enfin être désigné comme artiste historique et se voir dédier ou participer à d’importantes expositions. Aussi, cet officier des Arts et des Lettres semble discret et continue de travailler, notamment à la restauration de ses œuvres, sans chercher à attirer les foules. Ses dernières expositions parisiennes d’envergure (Pompidou, Grand Palais et Palais de Tokyo) pourraient laisser croire qu’elles sont des exemples esseulés. Il n’en est rien, Julio Le Parc ne chôme pas, et a présenté près de 20 expositions en Europe et en Amérique depuis 2010 dans divers centres d’art et galeries. Ne pas croire qu’il travaille sans relâche, l’artiste sait s’accorder des temps de pause, pour danser un tango, par exemple… 
 

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