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Portrait

Jean-Louis TRINTIGNANT « Tant que les bonnes choses prennent le dessus, je continue »

Publié le 1 Mar 2013

M. BOËTON

Sa voix est fascinante, son regard énigmatique, son charisme envoûtant. Le charme de Jean- Louis Trintignant opère toujours malgré le poids des ans. Son talent aussi. Lui qui a su s'imposer dans les années 1960 comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération continue à crever l'écran, comme en témoigne sa magnifique interprétation dans le tout récent film Amour de Mickaël Haneke récompensé par la Palme d'or au 65e Festival de Cannes.  
 

 Du haut de ses 82 ans, l'acteur affirme « ne pas avoir peur de la mort » et se voir comme « une sorte d'électron libre qui se promène au hasard ». Né en 1930 à Piolenc (Vaucluse), Jean-Louis Trintignant est le fils d'un riche industriel du sud de la France, Raoul Trintignant. Étudiant en droit à Aix-en- Provence, il assiste un soir de 1949 à une représentation de L'Avare. C'est une révélation. Il décide alors d'abandonner ses études et de partir suivre des cours de comédie à Paris. « J'étais très timide, je passais toutes les scènes les yeux baissés, d'un ton monocorde. Je sentais que ce n'était pas bien, mais je sentais des tas de choses en moi qui bouillonnaient, je me disais : « peut-être, un jour, ça sortira » . Il avoue aujourd'hui que, pour se désinhiber, il montait sur scène en ayant bu ! 
 
Après avoir entamé sa carrière au théâtre, en jouant notamment Shakespeare, il connaît la consécration au cinéma en 1956 avec Et Dieu... créa la femme. La décennie suivante achèvera de confirmer son talent avec Le Fanfaron (1962), Un homme et une femme (1966), Ma nuit chez Maud (1969), Z (1969), Le Conformiste (1970). « J’ai tourné dans 130 films. C’est-à- dire qu’il y en a 100 à jeter. Il en reste 30 qui valent la peine », estime-t-il, volontiers sarcastique. 
Au fond, sa véritable passion reste avant tout le théâtre. « C'est très exaltant de sentir le public. C'est physique, charnel. Tous les soirs, j'essaie des trucs nouveaux. Personne ne s'en rend compte sauf moi, explique-t-il. Ça me plaît. J'aime chercher. Le problème étant que, parfois, je rate totalement la pièce. Pourtant, je préfère rater que de me répéter ». 
Chose rare chez les artistes, Trintignant est aussi un passionné de vitesse à l’image de son oncle Maurice Trintignant grand pilote de F1 (dont il partagera aussi plus tard le goût pour la viticulture). Il participe à plusieurs rallyes et courses sur circuits, notamment pour l'équipe du Star Racing Team sur Simca 1 000 rallye. Pourquoi une telle passion ? « Négocier un virage à telle ou telle vitesse, en sachant que c'est l'accélération qui tient la voiture, qu'on ne peut pas décélérer, sinon on part en tête-à-queue, tout le frisson est là », assure l'intéressé. C'est d'ailleurs lors d'un de ses rallyes qu'il rencontre Marianne Hoepfner, célèbre pilote. Elle deviendra son épouse le 1er janvier 2000, après son divorce d'avec Nadine Trintignant. 
 

Après une impressionnante carrière au cinéma, l'acteur renoue avec ses premières amours : le théâtre. « Je trouve toujours qu'il est plus intéressant d'être comédien au théâtre. Je pense qu’on fait du cinéma par cupidité parce que c'est bien mieux payé, et par vanité parce que c'est plus prestigieux. Mais le cinéma, c'est de la conserve comparé au théâtre », s'emporte-t-il. Il a donc fallu toute la force de persuasion de M. Haneke pour le convaincre de renouer avec l'ambiance des tournages et de jouer dans Amour, ce drame intimiste et universel sur la mort.
Évoquer la mort à l'écran était d'autant plus dur pour celui qui, il y a quelques années a dû faire face à la mort de sa fille, l'actrice Marie Trintignant (née en 1969 de son union avec Nadine Trintignant). « Il y a huit ans, j'ai perdu ma fille. Ça a été terrible. Pendant six mois, je suis resté prostré. Un jour, je me suis dit : “soit tu bouges, soit tu arrêtes de vivre”, explique-t-il. J’ai survécu en continuant à faire des choses. Le théâtre a été très important. La poésie aussi m’a beaucoup aidé. Tant que les bonnes choses prennent le dessus sur les mauvaises, je continue ». Lui qui récemment au festival de Cannes cita cette belle phrase de Jacques Prévert : « Et si on essayait d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple ».  
 

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