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Portrait

Nadine GORDIMER Une conscience africaine

Publié le 1 Déc 2012

M. BOETON

Célèbre militante de la lutte anti-Apartheid, l'écrivaine nobelisée continue, à plus de 89 ans, à enchaîner les romans. Toujours avec la même lucidité, la même ironie et surtout la même nécessité : « Encore aujourd'hui j'écris, mue par ce besoin immense de me comprendre, de vous comprendre, de comprendre ce mystère qu'est l'homme ».
 

 Née en 1923 dans un coin reculé du Transvaal (Afrique du Sud) au sein d'une famille d'émigrés d'origine juive, la jeune Nadine s'évade grâce à la littérature. « Je me nourrissais de tout. C'est ainsi que j'ai lu Tchekhov, Dostoïevsky, Proust... Je comprenais à peine, mais j'avais la chance de pouvoir lire ce que je voulais ». Cette enfance sans histoire est marquée par un événement traumatique au milieu des années 1930 : la police débarque une nuit chez ses parents pour fouiller, avec une infinie brutalité, la chambre de l'employée de maison (une jeune femme noire). « Les policiers ont forcé sa porte, démonté le lit, retourné le matelas, se souvient-elle. Toute la pièce était sens dessus dessous. Mes parents n'ont rien fait pour la protéger. J'ai été profondément troublée par ce que j'ai vu cette nuit-là ». 
Âgée d'à peine 10 ans, Nadine se met alors à écrire pour « dénoncer les brutalités policières et l'indifférence de [ses] parents ». Le virus de l'écriture ne la quittera plus jamais. 
 
Au début des années 1950, étudiante, elle se rapproche des militants anti-Apartheid. En 1954, elle épouse Reinhold Cassirer, l'un des antiquaires les plus réputés du pays. Très vite, le couple s'engage activement aux côtés de l'ANC. Devenue mère de famille, Nadine continue d’écrire. Mêlant fiction narrative et réflexions sur l'Apartheid, ses récits évoquent souvent les relations amoureuses impossibles entre les membres de communautés partagées par la ségrégation. 
 

Censurée à maintes reprises, elle exclut de s'exiler. « Si vous avez toujours habité dans les profondeurs obscures, c'est là que vous vous sentez chez vous », assure-t-elle. Son indéfectible engagement en faveur de l'ANC est salué par Mandela. Elle est d'ailleurs l'une des premières personnalités à qui il rendra visite après sa libération en 1990. Un an plus tard, en 1991, le comité Nobel attribue le prix Nobel de littérature à l'écrivaine « pour son oeuvre ayant pour thème central les conséquences qu'impliquent pour les êtres humains les distinctions raciales ». 
L'abolition de l'Apartheid ne signe pas la fin des maux de l'Afrique du Sud, Nadine Gordimer en est consciente. « Notre plus grand problème est le chômage, constate-t-elle. Il y a encore trop de gens en Afrique du Sud qui n’ont pas pu bénéficier d’une formation digne de ce nom ». À cela s'ajoutent les rivalités des alliés d'hier. « Lorsque vous avez un ennemi commun, vous réprimez ou oubliez vos différences individuelles et vos chapelles politiques... Mais du moment où il n'y a plus d'ennemi commun, tous les symptômes de la jalousie humaine refont surface ». 
 
Lucide sur les problèmes minant son pays (criminalité, sida, chômage), l'auteure a toutefois choisi ces dernières années de s'engager en faveur de la protection de l’environnement. « Mon vrai sujet n'est pas la nature, mais de savoir qui est un homme dans l'espèce humaine, explique-t-elle. C'est notre existence qui m'intéresse, et la menace que représente pour elle notre pollution de l'environnement à l'échelle mondiale, au-delà des changements politiques ». 
 
Reste à savoir quelle voie suivre. Et sur ce point, elle avoue ne pas avoir la réponse. « Nous, les romanciers, nous ne donnons pas de réponses, nous posons des questions », glisse-t-elle, non sans malice.

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