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Portrait

Robert HIRSCH « À mon âge, mon avenir est bouché, mais ça ne me tracasse pas… »

Publié le 1 Nov 2012

M. BOETON

Le regard charbonneux, l’allure frêle…, le feu sacré est intact. Robert Hirsch, à plus de 87 ans, est sur scène tous les soirs. Il joue le rôle d’un vieillard atteint d’Alzheimer dans la dernière pièce de Florian Zeller, Le Père. Et pourtant sa mémoire à lui est loin de flancher : « Je n'ai eu aucun grand trou, uniquement des petits, un mot pour un autre, et hop ! le public n’a rien vu... », s’amuse-t-il. Ou plutôt il ne voit qu’une chose : le talent exceptionnel de celui qui, depuis plus de soixante ans, irradie les planches.

 
Robert Hirsch est né en 1925 à L'Isle-Adam (Val-d'Oise). Adolescent, il se destine à la danse classique. Il sera même reçu en 1944 comme « deuxième quadrille » à l’Opéra de Paris. Sa préférence ira finalement au théâtre. Reçu au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, il en sort finalement en 1948 avec deux premiers prix de comédie. Acteur remarquable, il intègre la Comédie Française la même année. Il se fait rapidement connaître pour ses rôles dans Molière, et tout particulièrement pour son interprétation de Scapin. Sachant multiplier les mimiques, prendre des accents savoureux ou se lancer dans d’improbables gesticulations, Hirsch stupéfie tout le monde.
 
À ceux qui l’interpellent sur les raisons de sa passion sur scène, il répond simplement : « Dès l'instant que je joue, j'aime. Je prends un infini plaisir avec les personnages que j'incarne ». Reste qu’après 25 ans de bons et loyaux services, l’acteur quitte la Comédie Française en 1974, et ce, afin de varier son répertoire. « Je ne voulais pas devenir le fonctionnaire de la tirade, venir à heure fixe, justifie-t-il. J'avais envie d'autres horizons, rencontrer des acteurs plus libres ».
 

À partir de là, il enchaîne les pièces de Guitry, Pirandello, Brecht ou encore Valéry. Souvent, il joue les « méchants ». « J'en ai joué pas mal des méchants, des pervers, des salauds : Néron, Richard III, Tartuffe, Raskolnikov... Même Scapin n'est pas net, au fond », s’amuse-t-il. Il tourne un certain nombre de films et décroche un César pour son rôle dans Hiver 54. Il a toutefois une vraie préférence pour le théâtre. « Le bonheur est sur scène, le théâtre, c’est ma vie, martèle-t-il. La seule chose dont je suis sûr est que je ne me suis pas gouré de métier. Et, à 87 ans, je n'ai aucun regret ». Même le trac, qui le saisit toujours avant de monter sur scène, est devenu un allier : « Il ne m'a jamais quitté. Comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais, lance-t-il. Le mien est celui qui propulse ! ».
 
Le temps avance et Robert Hirsch n’est pas de ceux qui fuient la réflexion sur la fin de vie. « Ma seule appréhension serait de vivre mes derniers jours diminué et assisté pour les gestes du quotidien », explique-t-il. Croyant, il a toujours déclaré ne pas avoir peur de la mort. « Il y a quelque chose après notre départ, c’est une évidence, mais je ne sais pas quoi ». Misanthrope à ses heures, il expliquait récemment : « J’aime les églises quand il n’y a personne. Je ne supporte pas les messes avec ces gens qui chantent faux et vous empêchent de vous concentrer ».
 
Pour l’heure, la peur de voir sa trépidante énergie se tarir n’est pas une préoccupation. « Ce genre de chose ne me vient pas à l'esprit, assure l’intéressé. Ça arrivera brusquement ou petit à petit. Pour le moment, ce n'est pas envisageable. Et d’ajouter : « À mon âge, mon avenir est bouché, mais ça ne me tracasse pas…».
 
 

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