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Portrait

Sonia RYKIEL - L'impératrice de la mode

Publié le 25 Sep 2012

M. BOETON

Devenir une « icône de la mode » alors que l'on vient soi-même par hasard à la couture, tel est le destin hors-norme de Sonia Rykiel. Répétant à l'envie « le naturel est abominable, chassons-le, il ne reviendra jamais », elle n'a cessé d'allier sophistication et simplicité dans ses créations. Avec le temps, ses créations se sont révélées bien plus vastes que la mode. À plus de 80 ans, elle n'a jamais été aussi touche-à-tout. « La création, c'est comme un fil, vous tirez dessus sans savoir ce qui viendra », s'amuse-t-elle.
 
 

 
Née en 1930, la petite Sonia n'est pas à la hauteur des attentes de sa mère. C'est en tout cas le souvenir qu'elle en garde. « J'étais une fille et j'étais rousse, une double déception », décrypte-t-elle aujourd'hui. « Mais ma mère a eu l'art et la manière de me construire comme je suis. Elle m'a poussée dans une espèce de cercle dans lequel il fallait que je fasse oublier ce que j'étais physiquement. Je devais être la plus mince, la plus drôle, la plus intelligente ».
Plus tard, c'est son caractère, bien trempé qui préoccupera. « J'ai été une enfant très difficile, qui voulait tout diriger. Ma mère disait toujours : “tu ne seras jamais une femme, je ne sais pas ce que je ferai de toi” ».
Mais Sonia s'est faite, et toute seule. Au gré des hasards. « Je n'étais pas écrite pour faire de la mode, j'étais destinée à avoir 10 enfants », se souvient-elle. Mais les choses ont tourné autrement. Au début des années 1960, en effet, elle commande un pull à l'un des fournisseurs de son mari qui dirigeait une boutique de vêtement. Elle le veut moulant, à porter à même la peau. Le jour où il arrive à la boutique, une journaliste de Elle s'y trouve et s'enthousiasme immédiatement : Le « poor boy sweater » se retrouve en couverture.
Sonia Rykiel refait mouche quelques années après en dessinant des robes de future maman. Le succès est à nouveau au rendez-vous. Celle qui assure « ne rien y connaître à la mode » ouvre sa première boutique en 1968.
Militant en faveur d'une féminité affranchie, elle invente le concept de « démode ». « C'est une façon de jouer avec la mode par rapport à soi, à ce qu'on est, et non par rapport aux tendances, aux couturiers », explique-t-elle. Elle s'amuse alors à mettre les coutures à l'envers, à supprimer les ourlets, etc. Se jouer ainsi des codes en vigueur l'angoisse : « Je disais tous les jours : “j'arrête demain”. On va s’apercevoir que je n'y connais rien. J'ai toujours pensé qu'on finirait par me démasquer ».


Le succès s'installe pourtant, et durablement. Dans les années 1970, le réputé magazine américain Women's Wear Daily la proclame « Reine du tricot ». Dix ans plus tard, elle s'adonne aux rayures, ignorant qu'elles deviendront au fil des ans la signature de la marque Rykiel. Dix ans plus tard, elle ressuscite l'éponge avec ses inimitables « joggings chics ».
Dans les années 2000, sa fille Nathalie, devenue présidente de la société, diversifie la marque (cosmétique, accessoires, sextoys, etc.). Le chiffre d'affaire de l'entreprise finit par dépasser les 100 millions d'euros.
 
Déroutante, Sonia se tourne vers d'autres modes d'expression. Elle milite auprès de l’association pour adultes et jeunes handicapées (APAJH), mais s'adonne surtout à l'écriture. Son Dictionnaire déglingué, publié en 2011, la donne à voir sous un nouveau jour, laissant entrevoir une femme profonde et déjantée, à la fois futile et lucide. C'est encore par l'écriture qu'elle a révélé, dans un ouvrage paru cette année, être atteinte de la maladie de Parkinson. « J'ai vécu pendant quinze ans avec, sans que personne s'en rende compte (…) Je suis passée par des moments graves et difficiles. Ne pas en parler me permet de vivre ».
 

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