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Portrait

Line RENAUD « Je veux vivre encore des premières fois »

Publié le 1 Juin 2012

Marie BOETON

Les décennies passent et la popularité de Line Renaud ne prend pas une ride. Comme elle ! Du haut de ses 83 ans, celle qui figure toujours parmi les personnalités préférées des Français regorge de projets : « Je cherche des idées, des projets, des risques. Je veux vivre encore des premières fois. J’ai des motivations de jeune fille ! ». Tour à tour chanteuse, meneuse de revues, comédienne, cette éternelle débutante prend un malin plaisir à rester inclassable. Entre la sortie d’un album et de nombreux rôles au théâtre, elle assure que son « présent s’écrit au futur ».

 
Rien ne prédestinait pourtant la jeune Line, née en 1928 près d'Armentières (Nord), à se retrouver en haut de l’affiche. D’extraction modeste, l’enfant prend vite l’habitude de pousser la chansonnette dans le café de sa grand-mère.
« J’avais à peine 6 ans et je montais sur les tables pour chanter », se souvient-elle. À l’époque, elle n’a d’autre ambition que de fonder un foyer dans sa petite ville natale de Pont-de-Nieppe. Mais la vie en décide autrement. « Après la guerre, malgré mes supplications, mes parents se sont séparés. Dans le cas contraire, j’aurais été le ciment du couple et ne serais jamais partie », explique-t-elle avec le recul. Ayant rejoint Lille, la jeune fille est vite repérée pour ses talents et intègre l'orchestre de Radio-Lille. Elle se fait petit à petit un nom dans le music-hall et rejoint ensuite la capitale et rencontre son « idole », le compositeur Loulou Gasté. Il joue volontiers les Pygmalion et épouse celle qui est de vingt ans sa cadette.

 
Dans les années 1950, Line Renaud enchaîne les succès avec des titres comme Étoile des neiges, Ma P'tite Folie, Mademoiselle from Armentières ou Le Chien dans la vitrine. Elle chante en 1954 au Moulin Rouge avant de rejoindre les Etats-Unis (New York, puis Los Angeles). De retour en France au début des années 1960, elle devient meneuse de revue au Casino de Paris. On lui propose rapidement de monter sur les planches. Les rôles au théâtre ont beau s’enchaîner, le trac demeure. « Et même plus que jamais ! Parce que plus vous êtes aimé, plus vous avez un devoir de perfection : ne jamais décevoir le public ». Son implication dans la lutte contre le sida la rapproche des jeunes générations des années 1980. Vice-présidente de l'association Sidaction, elle veille à parler de la maladie dans presque chacune de ses apparitions. « Il n’y a pas encore de vaccin, et le sida reste ici et là un tabou, martèle l’intéressée. Je continuerai, tant que j’en aurai l’énergie, pour voir ce ruban rouge retourné comme le V de la victoire ». Réunis sur les mêmes plateaux télé pour « la cause », elle sympathise avec de jeunes artistes qui lui proposent de composer pour elle. Il en résulte un album, fin 2011, et un passage à l’Olympia dans la foulée. « C'est une première pour moi, un risque énorme, s’amuse-t-elle. Après soixante-cinq ans de carrière, je pourrais me dire que je ne vais pas me lancer un nouveau défi... Eh bien si ! »
 
Et ce n’est pas fini. L’octogénaire vient de remonter sur les planches pour y occuper le rôle phare dans la pièce de Colin Higgins, Harold et Maude. On vient, par ailleurs, de lui proposer de jouer dans une adaptation d’un roman de Simenon au cinéma, ce qu’elle a volontiers accepté… « Dans la vie, il ne faut pas dire « à quoi bon » mais « pourquoi pas », glisse-t-elle. « Je suis incapable de rester inactive ou de me reposer », avoue l’artiste, comme pour se justifier de ce débordement d’activités. Pour gérer tout cela de front, elle concède quelques petits écarts : « Un petit verre de porto le soir, avec… une cigarette. La récompense de ma journée ! C’était aussi le péché mignon de Jeanne Calment… Alors, on verra bien ! ».

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